The forks, état du Maine, États Unis. De grandes forêts, des lacs, des
rivières, à perte de vue. Nature sauvage et inexplorée par endroit. Une
densité de population digne des grands déserts africains... Voici le
lieu de course de la manche de coupe du monde de l'untamed new england
2014.
Après un long voyage et trois jours de préparation, nous voici sur la ligne de départ le
mercredi
18 juin en compagnie de quelques uns des meilleurs teams nord
américains, suédois, espagnols et du team France. Il est grand temps
pour Colo et Tom qui ne tiennent plus en place depuis 48h, excités comme
des puces.
Audrey qui elle n'a fait que dormir ou presque semble
sereine. Je suis pour ma part heureux à l'idée de revivre enfin la
grande aventure 14 mois après l'Afrique du sud.
Top départ à 10h30
par un prologue co sur une carte déroutante... Les équipes s'observent
et chacun tente de se caler avec les éléments rencontrés. On trouve le
premier poste et on enchaine bien sur le 2ème , on est en tête!!! Cela
nous permet de voir notre premier moose, une espèce d'immense caribou.
Colo est aux anges car c'était son objectif premier, voir un moose! Et
hop petite erreur, je prends une des nombreuses mauvaises pistes non
cartées et on termine donc ce prologue autour de la 10ème place à
5minutes des premiers. On embarque sur nos canoës de trappeurs pour 5
miles face au vent sur un immense lac parsemé d'îlots. On prend un bon
rythme et on retrouve une première fois Thomas Guillet, le super
journaliste d'endorphinmag sur la première île où nous attend un petit
trail ponctué d'un rappel. On attaque un peu et on atteint ce rappel en
6ème position. Hélas, l'orga n'est pas au point. Ils ont préparé 8
cordes mais ils n'ont pas assez de matériel. On attend, encore et
encore, au moment de notre passage, le matériel est bloqué dans sa
remontée... On perd 30 minutes sur les équipes de tête. Et de plus ce
rappel n'a rien d'exceptionnel. Le genre d'histoire qui agace en début
de raid... Ma petite erreur du prologue n'est pas sans conséquence du
coup. On retrouve nos canoës pour 3 miles seulement avant un nouveau
trail sur une ile. Ce concept est sympa et évite la lassitude. On
attaque fort et on double rapidement des canadiens. Point de vue
magnifique au sommet mais on passe à côté de la balise dans la descente
sans la voir et on grenouille 15 minutes. Décidément ce début de course
n'est pas simple. De nouveau sur notre canoë mais cette fois pour 15
miles... On fait route avec les canadiens. Le soleil se couche, la
lumière est magnifique. On se prend presque à aimer le canoë!!! Il est
21h le premier jour et nous voici à la fin de ce premier leg. 5ème à
plus d1h des premiers, les suédois de Peak Performance.

Transition
rapide pour débuter ce second leg où nous attendent 120km de vtt
entrecoupés d'un relais co. Colo est surpris de devoir aller aussi vite
pour se préparer... On part à fond motivé par Tom qui nous lance à haute
voix: " allez c'est notre section". On est sur un nuage dans notre nuit
noire, je suis bien dans la carte et on enchaine sans un seul arrêt. On
attaque, on relance, on jubile...

On arrive au poste à poste 14 -15
compliqué. Une zone sans chemin ni sentier à traverser. La forêt est
dense et difficile à traverser. Je suis ma boussole et pense à Stéphane
Dumortier qui avait perdu la sienne en Afrique du sud le mois
dernier... On retrouve les suédois de Sweco au milieu de nulle part. Ils
semblent bien contents de suivre notre trace! On débouche sur le col et
retrouvons la piste. On descend chercher le poste 15 en aller retour. On
croise le team France et cela gonfle notre moral car on vient de leur
reprendre 1 heure. Et sur le retour, on croise les espagnols de
Columbia! On vient de les doubler dans le bush... Ça réveille Audrey qui
avait déjà sommeil...

En compagnie de Sweco, on continue à très vive
allure et on reprend les français qui jardinent autour du poste 16. Nous
voici maintenant à 3 équipes pour rejoindre le relais co. On est dans le
groupe de chasse derrière les suédois de Peak. Cette fois on est dans
la course. Audrey est en forme olympique, pas besoin de la tracter.
Juste besoin de lui mettre une claque de temps en temps pour la
réveiller...
Le Gorman loge nous accueille avec ses pancakes à volonté. A tour de rôle nous
effectuons
notre relais co sur une carte assez précise mais où l'on nous signale
que la balise n'est pas au centre du cercle mais dans la zone du
cercle... Lorsque vient mon tour, la fille de l'orga ma précise qu'on
peut partir car nous avons effectué nos 4 relais!!! Je lui dis alors
avec mon franglais que non, que je veux faire mon relais et ne pas
profiter de son erreur. Elle finit par comprendre... Et me remercie en
me donnant la carte. A mon retour, le gars qui devait nous dire d'aller
empiler des buches de bois dort d'un sommeil profond et nous ne
relisons pas le road book. On reprend donc notre section vtt sans savoir
qu'on vient de prendre une pénalité d'1h... On repart 5 minutes
derrière Sweco et devant le team France. On visite le paradis des
castors. Les barrages qu'ils construisent nous obligent à traverser un
étang... Peu après nous récupérons Sweco et finissons ce leg 2 avec eux 5
minutes devant la France. On termine nos premières 24 h de course.

Débute
alors La grosse section du raid: " The abenaki lost world..." Une
section trek packraft où l'on transporte donc 2 mini rafts, des gilets
de sauvetage, des pagaies, des cordes de sécu... À faire pâlir de honte
les plus gros sacs de raid in France... Le concept est génial, à nous de
choisir notre itinéraire, par l'eau ou par la terre.
On gonfle nos
rafts avec un sac de gonflage et on maitrise assez bien la technique. On
embarque en même temps que le team France plus rapide sur la
transition. On est toujours 2ème et à part notre marmotte bretonne,
cela nous maintient éveillé. Le vent est de face et on s'emploie pour
avancer. Surprise on voit les français faire demi tour... Ils viennent
de perdre leur carte sur l'eau et par chance la retrouve au bout de 5
minutes. On s'engage ensuite sur une rivière intermédiaire. On pousse et
subissons une attaque de moustiques incroyable.
Colo et Tom mettent leur
moustiquaire sur la tête et nos 2 mariés ont alors un look incroyable.

Ce raid aventure prend toute son ampleur. Ce début de section est
magique. On débouche sur un second lac où un moose prend son bain.
Rencontre improbable, il se sauve après avoir laissé le temps à Colo de
prendre sa photo. Nous traversons un nouveau lac puis débutons une
petite rivière. C'est fun! Puis de nouveau un lac et un moose. Encore un
moment magique, il nage à vive allure, le vent est fort et le lac très
agité. Ouah... On fait une belle coupe dans la forêt en portant nos
rafts. Puis de nouveau un lac véritablement démonté par le vent. On rate
le poste suivant et on se fait passer par la France. Plus de trace des Sweco qui semblent avoir lâché. On entame alors le juge de paix de ce
raid. 3 balises sur des sommets inexplorés, à part sur le premier, pas
de sentiers pour accéder. On est chargé comme des mules et on s'engage
là dedans avec des pagaies, des gilets, des rafts plus tout le reste...
Le moral est bon et dieu est avec nous en ce début, c'est un américain local et il me ramène mon gilet de sauvetage que je viens de faire
tomber sur une piste! Ouf. On atteint assez vite le premier poste et on
contemple alors le reste du chantier, vaste étendue verte, très verte.
On rejoint une piste en contrebas car la crête pour rejoindre le col
suivant semble impossible. Surprise sur la piste où on croise les
espagnols de Columbia. Ils ne sont pas loin derrière nous... A la tombée
de la nuit, nous attaquons le poste 34. C'est notre première expérience
du bush... La galère commence mais c'est la même pour tout le monde. La
boussole est notre seul ami. On avance comme on peut en cherchant de
rares zones plus claires. Mais avec notre chargement, cela s'avère
compliqué.

Encore une rencontre improbable, les suédois de Peak qui
redescendent du poste et qui nous disent: " good Luck, it´s fucking
hard". Bon on s'en doute mais cela nous donne le moral car on se sentait
un peu seuls... 30 minutes plus tard, on retrouve à l'approche du poste
les copains français qui n'apprécient guère la section! On termine
ensemble le nettoyage de la forêt pour trouver cette balise. C'est
énorme, le gars qui a posé la balise à placé un câble anti vol! Bon on
est toujours 2ème et pas très loin des suédois... Reste le poste 35. On
repart à 8. Puis on se sépare. On choisit de rejoindre un premier sommet
pour ensuite longer la crête qui on espère sera plus claire. Hélas non,
là haut c'est l'enfer. On redescend un peu pour longer à flanc. La
progression est très très compliquée. On discute à distance avec les
français qu'on retrouve une nouvelle fois... On avance à pas de fourmis
durant des heures et surprise on tombe sur un balisage. Bingo se dit on,
c'est la route du sommet.

On suit ce balisage qui est complètement
dingue, il slalome pour trouver un passage dans le bush, on y croit et
j'oublie de contrôler avec ma boussole... Le balisage nous emmène sur le
sommet d'avant et on prend un coup sur la tête. Le jour se lève et on
voit enfin de loin notre sommet. Et on repart dans notre bush détesté et
on retrouve une nouvelle fois les frenchies , pas mieux que nous sauf
qu'ils ont dormi... La fin est encore plus compliquée, le bush encore
plus serré. On atteint enfin le poste. Les 2 équipes de canadiens sont
là... Ils ont contourné par le bas et c'est gagnant pour eux!
Règle numéro 1: dans le bush: réduire au maximum la distance de progression quitte à faire un grand détour.
Notre
descente est difficile, on galère avec des sentiers qui n'existent plus
et le moral atteint, on avance moins vite... Enfin la transition. On
est 6ème et on décide de dormir 1h.
Début du leg 4. Le long
canoë est annulé et c'est une bonne nouvelle. On part à vtt... Avec le
même chargement, si, si. Raft, pagaies, gilets... Ils sont fous à
l'orga!
Donc petit vtt et petite co dans la ville de Greenville. On
retrouve l'appétit et on compte maintenant manger du canadien qui sont
une paire d'heure devant nous. On attaque un vrai trek cette fois sur
chemin. Et on attaque sur un joli sentier. Enfin je tracte la miss...
On allume et on reprend les canadiens très rapidement, notre moral est
bon. Nous sommes de retour! Go...

On fait une petite coupe pour
récupérer un sentier, Colo pousse un cri strident. Il vient de se faire
piquer par un gros insecte non identifié. J'espère que je ne suis pas
allergique nous dit il!... 2 minutes plus tard: "les gars stop j'ai des
vertiges. " On l'allonge et on le voit partir dans un monde parallèle.
Tom toujours aussi émotif tourne de l'œil en voyant la scène... Avec
Audrey on s'affaire, je cherche dans le sac de Colo l'antistaminique
pendant qu'elle lui donne des véritables baffes de mammouth pour le
maintenir éveillé... Sa pharmacie est tellement complète qu'on se
mélange dans les médicaments. :" Colo, c'est quel cachet ?" on hurle,
on le gifle, il finit par nous montrer le bon, on lui met dans la bouche
mais il ne l'avale pas, on lui met de l'eau et une bonne gifle et ouf
il l'avale... On souffle enfin. On l'emmitouffle dans sa couverture de
survie. Il reprend ses esprits et nous notre souffle. On est bien loin
de la course à ce moment là. On a sauvé notre Colo national et c'est
bien l'essentiel...

Règle numéro 2: faire l'inventaire à 4 de la
pharmacie avant le départ. Car si c'est celui qui a préparé la pharmacie
qui a un souci, ça peut être compliqué...
Une petite heure
plus tard nous reprenons notre route dans l'idée de rejoindre la
transition suivante afin qu'il se repose. Nous repartons doucement, Thomas le tracte sur une montée très raide mais petit à petit, il
retrouve quelques forces. Suffisamment en tout cas pour apprécier le
magnifique panorama au sommet. Une vue extraordinaire au coucher de
soleil sur toute la zone de course. On descend sur des pistes de ski de
la station locale. Colo semble beaucoup mieux dorénavant.
On
prend notre temps à la transition, on trace le vtt suivant qui offre
plusieurs choix d'itinéraire. Et on repart dans la bataille avec
beaucoup de retard certes mais avec envie. La première balise est
simple, on enchaine ensuite sur une piste visiblement empruntée par nos
adversaires. Mais celle ci s'arrête net. On insiste un peu et
visiblement on est les seuls car plus de trace et on trouve la sortie 30
minutes plus tard. C'est tout bon car cela nous ouvre une route direct
jusqu'au poste 43 en passant à proximité de la 44, ce qui nous laisse la
possibilité de laisser tout notre chargement inutile dans un fossé. Et
oui car on transporte toujours nos rafts et compagnie... Je motive les
troupes et réveille Audrey.

On roule à 40 km/h sur une route et je
prévois un aller retour très rapide avant le raft et la pause
obligatoire de nuit. Finalement on va passer toute la nuit dans la
brousse... Le problème avec les cartes du Maine, c'est que le trait
noir peut représenter une route, une piste, ou un sentier! Ce que je
crois être une route est en fait une vieille piste abandonnée. Ne la
trouvant pas de suite , je change d'option et c'est encore pire, les
pistes ont disparu, je sais exactement où je suis mais on ne peut
atteindre le poste car le bush nous rattrape dès qu'on veut couper dans
la brousse... La chance n'est vraiment pas avec nous en cette fin de
raid. Après des heures de galère, on trouve enfin une trace qui nous
ramène sur la route qui mène au poste. Cette fois c'est une route et
pourtant le même trait de légende... De plus je m'aperçois que j'avais
coupé avant le départ une partie de la carte afin de réduire
l'encombrement. Et une route plus à l'ouest permettait d'atteindre le
poste facilement.
Règle numéro 3: ne jamais couper une carte même si on pense avant le départ qu'une partie ne servira pas...
Bon
petite sieste flash sous la couverture de survie en amoureux pour Tom
et Audrey . Puis on pointe ce poste et on rentre par la route cette
fois!!! Il est 6h quand on se pointe au départ de la section raft. Sweco
et les américains de Dart Nun sont passés devant. On est 8ème
maintenant. On dort 3 h tout de même car le départ du raft n'est pas
avant 10h30.
La fin du raid est plutôt fun et on va essayer d'en
profiter. Nous descendons la Kennebec river. Un must dans le coin. Des
rapides classes 5-6. Une rivière plutôt droite avec un débit incroyable.
Un barreur pro est avec nous. Ouf. Et c'est grandiose. Les sensations
sont fortes. 2h de grand plaisir. Puis c'est notre dernière section trek
raft. La raison du port du matériel depuis 30 heures.
Après une
longue marche d'approche, nous embarquons sur la bien nommée " Dead
river". Et là, c'est l'éclate totale, on passe de beaux rapides dans ce
mini raft avec de grandes sensations.
Audrey m'indique les passages et
je barre. On vide de temps en temps. Nous ressortons vivants de cette
rivière en ayant découvert avec plaisir cette activité qui a toute sa
place dans le raid aventure.
Un dernier petit vtt pour rentrer au " Northern Outdoor", ligne d'arrivée de ce raid aventure mémorable. On
boucle notre tour en 82h environ à la 8ème place.
Bien sur, on est déçu de notre
place finale car avec un peu de chance, on avait le niveau de faire
beaucoup mieux. On est encore 2 au poste 34...
Mais on ne fait pas
ce genre d'aventure juste pour un classement. Et pour le reste c'était
génial. A part le pb des cordes et le fait de porter si lourd, pas grand
chose à redire à cette organisation. On peut râler sur une partie du
tracé mais au final on sera content de raconter cela à nos petits
enfants...
La météo a été clémente voire belle. Et mes équipiers au
top. J'avais encore jamais couru avec une équipe si homogène du début à
la fin. Pas une défaillance physique. Si j'avais pu éviter de
cartographier certaines zones...
Nous voici fin prêt pour raid in France en septembre, à domicile... Le raid aventure, c'est toujours aussi fou, aussi bon...